Covid_19 dans le monde : gestion de crise

Gestion de crise du Covid-19 : plusieurs pays, plusieurs tactiques. Ils sont voisins, et pourtant, leur gestion de crise est différente.

Merci à Dan et Elinor qui ont accepté de répondre à nos questions :

Face au Covid_19, quelle a été la réaction de votre gouvernement ?

Alors qu’on parlait déjà de confinement dans plusieurs pays d’Europe début mars, notre premier ministre, Boris Johnson, refusait cette éventualité. Son objectif était qu’on atteigne l’immunité collective le plus rapidement possible en attrapant le virus. Je me rappelle d’un discours où il nous demandait clairement de “nous préparer à perdre des êtres chers”. Mais ses calculs se sont révélés castrophiques lorsqu’il a compris que la NHS (National Health Service) n’avait pas la capacité de prendre en charge les millions de malades prévus par ses équipes. 

Je travaille dans un café de la City où les rues sont devenues désertes la semaine du 9 mars, les employeurs imposant le télé-travail à tout le monde. Ensuite tout est allé très vite, nous n’avions plus du tout de clients donc le café a fermé, on nous a supprimé nos shifts sans nous en parler. C’était tout sauf rassurant. On nous a appelé pour nous dire qu’on était officiellement furloughed, l’équivalent de “congé sans solde imposé”. Et ensuite nous avons été confinés le 23 mars officiellement. 

Un soutien à l’économie a-t’il été décidé par l’état ?

Alors même que nous avons un gouvernement de droite mené par un populiste, l’Etat a vraiment sorti le carnet de chèques pour éviter une crise sociale à court terme. Des prêts à taux zéro, le gel des taxes et un dispositif inédit de chômage partiel à 80% a permis de sauver bon nombre d’entreprises tout en garantissant un revenus à leurs salariés ne pouvant pas télé-travailler. 

Quels sont les chiffres de votre pays aujourd’hui ?

Nous avons dépassé les 50,000 morts ce qui nous place devant l’Italie et juste derrière les USA en termes de pertes. 

Quelles mesures ont été mises en place ?

Le confinement en Angleterre (il y a eu différentes règles au Pays de Galle par exemple) était similaire à celui en France mais sans autorisation de sortie à imprimer. Nous avions droit à une heure de promenade/jogging par jour autour de notre domicile et le port du masque n’a été imposé dans les transports en commun que début juin. Au début du confinement le gouvernement ne le conseillait même pas par peur de créer une pénurie encore plus importante dans les hopitaux. Tous les commerces, lieux de rencontres, cafés et restaurants étaient fermés et les files d’attente s’allongeaient devant les supermarchés aux rayons de plus en plus vides. 

Mi-mai les règles se sont assouplies et nous avons eu droit à du “sport illimité en extérieur” ou encore “des bains de soleil dans les parcs avec uniquement des personnes qui vivent sous le même toît que vous”, ce qui pour moi reflète parfaitement le verbage très flou du gouvernement. J’étais incapable d’expliquer clairement ce à quoi j’avais droit et ce qui m’était interdit. Avec son système d’autorisation de sortie, la France a été plus offensive et a réduit le nombre de déplacements en extérieur drastiquement. L’Angleterre, en voulant faire plus souple, n’a pas empêché 50.000 décès. 

Le système de santé a t’il été réorganisé ?

Les consultations chez les généralistes ne se faisaient plus que par téléphone ou en ligne et un hôpital éphémère a été installé dans un hall d’exposition à Londres. Les équipements ont manqué, notamment les PPE : Personal Protective Equipment (masques, blouses, gants, etc). La NHS s’est adaptée à l’urgence de la situation mais je ne dirais pas qu’elle ait été réorganisée.  

Comment jugez-vous la gestion de la crise par votre pays ?

Avec le sang de 50,000 personnes sur leurs mains, je ne peux décemment pas considérer que Boris Johnson et ses équipes aient géré cette crise correctement. Je ne donnerais un bon point qu’à Rishi Sunak, notre ministre des finances qui a mis en place un dispositif jamais vu auparavant pour nous garantir un revenu. En revanche, à aucun moment je ne me suis senti en sécurité. Les points presse quotidiens étaient flous et de plus en plus inquiétants vu le nombre de victimes que l’on énumérait si bien qu’on avait l’impression que personne n’était à la barre. Ce fut pire lorsque Johnson lui-même a contracté le virus et a été hospitalisé en soins intensifs. 

Ce qui me marquera c’est le manque de considération quant aux maisons de retraites. Le chiffre de 50,000 morts est du au nombre exponentiel de décès parmi les résidents.tes de ces maisons de repos. Des auxiliaires de vie en intérim employés.ées par des agences les faisant travailler chaque jour dans un nouveau centre ont créé des clusters sans le vouloir. Au final c’est le libéralisme et la flexibilité du travail tant promue par le gouvernement en place qui a causé toutes ces morts. Nous avons aussi vu périr de nombreux soignants.tes que l’on “applaudissait” tous les jeudis soirs comme si ça allait changer quelque chose. Même Camilla Parker n’a pas cru une seconde à cette mascarade hebdomadaire quand elle s’est retrouvée à applaudir avec le Prince Charles à ses côtés devant une caméra et des photographes. Des études ont prouvé que les personnes non blanches étaient surreprésentées dans le nombre de décès liés au virus, notamment parmi les soignants.tes. Ce qui n’a pas empêché les Tories de travailler sur une proposition de loi visant à refuser le droit de résidence aux travailleurs.euses étrangers souhaitant déménager au UK pour occuper une profession qui ne requiert pas de qualifications. Les auxiliaires de vie, personnels administratifs hospitaliers, femmes et hommes de ménage, éboueurs et éboueuses, employés.ées de supermarchés ou livreurs et livreuses que le gouvernement nous encourageait à applaudir tous les jeudis étaient justement ceux et celles contre lesquels il souhaitait légiférer. Applaudir et vouloir refuser l’accès au pays à de futurs résidents.tes qui auraient donné leur vie en première ligne ils et elles aussi… C’était lunaire mais logique pour un gouvernement conservateur qui pense que l’immigration est mère de tous les maux du pays.

On ne peut pas parler du confinement au Royaume-Uni sans évoquer l’affaire Dominic Cummings, ce très proche conseiller de Boris Johnson qui s’est rendu dans sa résidence secondaire à la campagne après avoir cru attraper le Covid. Pendant que des soignants.tes mourraient et que des Anglais disaient adieu à leurs proches au téléphone, Cummings a pensé qu’il pourrait aller se balader en famille à 40 minutes de sa maison de vacances le jour de l’anniversaire de sa femme pour prendre l’air. Nous avions tous renoncé à une partie de notre liberté pour respecter les règles, et savoir que lui ne l’a pas fait était extrêmement frustrant. D’autres politiques et conseillers n’ayant pas respecté le confinement avaient démissionné mais Cummings s’y refuse avec un mépris et une arrogance déconcertants. 

Au final ce que je retiens c’est qu’en cas de crise, mieux vaut ne pas avoir un populiste égocentrique plus intéressé par le prestige de la fonction que par le bien du pays comme premier ministre. Je mets Johnson dans le même panier que Trump et Bolsonaro. Je pense qu’il est tout aussi dangereux vu son goût pour “l’anti-système”. L’Angleterre n’est toujours pas tout à fait déconfinée au moment où j’écris ces lignes et le pays va ressortir de tout ça très affaibli. Nous étions sensés signer un accord avec l’Union Européenne cette année et sortir définitivement de l’UE en décembre 2020. Nul ne sait si cela aura lieu. La fierté machiste de Boris Johnson l’empêche de demander un nouveau report et ni l’UE ni le Royaume-Uni n’est prêt à faire des concessions sur la pêche et la frontière nord-irlandaise, entre autres. 


Face au Covid_19, quelle a été la réaction de votre gouvernement ?
État d’alarme et confinement strict déclaré du 15 mars au 26 avril. Sortie des
enfants de moins de 16 ans autorisée à partir du 16 avril, sortie des adultes avec
créneaux horaires spécifiques autorisée à partir du 2 mai.

Quelles mesures ont été mises en place ?
Interdiction de sortir pendant le confinement, sauf courses, pharmacie et plus
tard, travail (si obligé).
Fermeture des frontières et interdiction de se déplacer d’une région sanitaire à
l’autre.
Contrôle policier dans la rue et aux entrées/sorties des villes avec amendes en cas
de non-respect des règles. Publication d’un bulletin officiel hebdomadaire avec les
règles en vigueur, avec quelques variations selon les communes.
Prolongation de l’état d’alarme à cinq reprises.
Programme de déconfinement en quatre phases selon les régions sanitaires.
Distribution de masques dans les transports en commun
Port obligatoire du masque à l’intérieur et si la distance minimum ne peut pas être
respectée.

Un soutien à l’économie a-t’il été décidé par l’état ?
Prestation « minimum vital » versée aux familles en-dessous du seuil de pauvreté
dû au COVID-19.
Aide aux loyers.
Report des impôts et aides aux autoentrepreneurs et entreprises

Le système de santé a t’il été réorganisé ?

Construction d’hôpitaux de campagne dans les régions les plus touchées comme
la communauté de Madrid et la Catalogne.
Utilisation d’autres infrastructures pour accueillir des patients « non COVID », par
exemple des hôtels.
Augmentation de la capacité des hôpitaux.
Réorganisation du personnel.
Attention médicale accrue en maisons de retraite.
Contact digital avec les familles des patients.
Consultations vidéos.

Quels sont les chiffres de votre pays aujourd’hui ?
241 000 cas confirmés dont :
150 000 personnes rétablies
27 133 personnes décédées
En avril, l’Espagne a frôlé les 1000 morts par jour. Hier (3 juin), le pays a
enregistré 5 décès, après deux jours sans décès associés au COVID-19.

Comment jugez-vous la gestion de la crise par votre pays ?
Réaction un peu tardive, mais la même chose s’applique à tous les pays
affectés. Les chiffrent prouvent l’efficacité du confinement. Les mesures strictes
ont permis de ralentir la courbe et surtout de considérablement désengorger les
hôpitaux et donc de réduire le nombre de personnes décédées dû au manque
d’assistance médicale. Dans un pays aussi « social » et pas toujours très
discipliné, ce n’était pas gagné, mais la plupart des gens ont respecté le
confinement. Les mesures et règles me semblent toujours claires (dans la
mesure du possible), et la police est présente.
Le programme de déconfinement en phases progresse lentement et sous
contrôle, ce qui me semble raisonnable par rapport à d’autres pays qui ont tout
ouvert et autorisé d’un coup.
Comme partout ailleurs, l’économie est lourdement affectée, en particulier car le
tourisme représente la majeure partie du PIB espagnol, mais il me semble
difficile de faire autrement. L’économie revient, les personnes décédées ne
reviennent pas.